Je suis né à Ames, le dimanche 20 janvier 1737, au cœur de l’hiver.
ÉCLAIRAGE HISTORIQUE — Ames et l’Artois en 1737
En janvier 1737, la France est une monarchie dirigée par Louis XV, qui règne depuis 1715.
Le royaume est encore engagé dans la guerre de Succession de Pologne, commencée en 1733. Le conflit oppose notamment la France et l’Espagne à l’Autriche et à la Russie. Les principaux combats se déroulent cependant loin de l’Artois.
Dans l’Artois, la vie de la majorité des habitants est avant tout liée à la terre et aux activités qui font vivre les villages. La région bénéficie de terres particulièrement favorables à la culture des céréales, notamment du blé et de l’avoine. Les marchés céréaliers de la région, comme celui de Douai, jouent un rôle important dans les échanges.
Le village d’Ames est installé dans la vallée de la Nave, au milieu des terres cultivées. On y rencontre surtout des cultivateurs, mais aussi quelques artisans : meuniers, cordonniers, maréchaux-ferrants, charrons et tailleurs d’habits.
À Ames, comme dans beaucoup de villages ruraux, la paroisse occupe une place importante dans la vie de la communauté. Baptêmes, mariages et sépultures rythment les grandes étapes de l’existence.
C’est dans ce monde rural que naît Sébastien Joseph Foulon, le 20 janvier 1737.
Mon père s’appelle Antoine Théodore Foulon. Il se fait appelé Théodore. Il a 50 ans. Il est tailleur d’habits. Natif de Lières.
Ma mère s’appelle Marie Philippe Pepin. Elle est âgée de 38 ans.
Fonds baptismaux de l’Eglise Saint-Pierre d’Ames – XIIe
Reconstitution artistique du baptême de Sébastien Joseph Foulon
Le registre paroissial permet aujourd’hui de retrouver précisément le jour de mon baptême : le jour même de ma naissance.
Source : AD62 – 5 MIR 028/1
bapteme de sebastien joseph foulont
Le vingt de janvier mil sept cent trente sept a été baptisé par moy curé de cette paroisse soussigné Sebastien Joseph foulon né le même jour du légitime mariage de theodore tailleur de profession et de marie philippe pepin ses pere et mere, le parrain a été claude legrand et la marraine marie elizabeth yvain tous deux libres et de cette paroisse qui ont signé de leur signe et marque ordinaire.
Mon père est tailleur.
Ce métier va devenir le mien.
À SAVOIR — Le métier de tailleur au XVIIIᵉ siècle
Antoine Théodore Foulon, le père de Sébastien, est tailleur d’habits.
Dans les villages de l’Artois au XVIIIᵉ siècle, le tailleur fait partie des artisans qui répondent aux besoins de la population locale. Il confectionne, ajuste et répare les vêtements, à une époque où ceux-ci sont fabriqués pour durer et souvent transmis ou transformés au fil des années.
Le métier demande un véritable savoir-faire et s’exerce généralement dans un atelier, parfois installé au domicile de l’artisan.
Sébastien grandit donc dans une famille où le travail artisanal occupe une place importante.
Quelques années plus tard, il apprendra à son tour le métier de son père.
II. Une famille où la vie et la mort se côtoient
Avant moi, mes parents ont déjà eu plusieurs enfants.
Jean-Baptiste, l’ainé, 16 ans lors de ma naissance, est né durant l’hiver 1721.
Puis il y eut Jacques Théodore, né en 1723, mais qui n’a vécu que quelques jours.
Pierre François, 10 ans, né en 1727.
Marie Michelle Théodore, la première fille, née en 1730, mais morte à l’âge de dix mois.
Une seconde fille, Marie Anne Joseph, 5 ans, née en 1732.
Puis une troisième, Marie Elisabeth, en 1736, morte à deux mois.
Enfin, après moi, viendront encore deux petits-frères, Ignace en 1738 qui mourra à onze mois, et Célestin né en 1740.
Les registres donnent ces noms et des dates avec une grande précision.
Actes de baptêmes et sépultures famille Foulon – Source : AD62 – 5 MIR 028/1
Je grandis donc dans une famille où les naissances et les morts se succèdent.
Je ne suis encore qu’un enfant.
Mais la mort est déjà une réalité familière.
Je grandis à Ames, dans ce petit village de l’Artois.
Quelques fermes, des terres cultivées, des chemins et des maisons regroupent laboureurs, artisans, meuniers et journaliers.
L’église occupe une place centrale dans la vie du village. Les cloches rythment les journées et les saisons agricoles dictent le calendrier.
C’est là que se déroulent les grands moments de notre existence : on y baptise les enfants, on y célèbre les mariages et on y enterre les morts.
Je grandis dans ce monde où la vie de la famille, le travail, la religion et la mort sont étroitement mêlés.
ÉCLAIRAGE HISTORIQUE — Grandir dans une famille nombreuse au XVIIIᵉ siècle
Au XVIIIᵉ siècle, les familles rurales peuvent être nombreuses, mais tous les enfants n’atteignent pas l’âge adulte.
Les naissances se succèdent et les décès d’enfants ou de jeunes adultes font partie de la vie familiale. Les maladies, les épidémies et l’absence de traitements efficaces rendent la mortalité particulièrement élevée.
Pour les parents, la famille se construit ainsi au fil des naissances, mais aussi des disparitions.
Les registres paroissiaux en gardent une trace presque mécanique : un baptême, puis parfois quelques années plus tard une sépulture.
Pour la famille Foulon, ces actes permettent aujourd’hui de reconstituer une histoire familiale dans laquelle la vie et la mort se côtoient constamment.
III. À dix ans, je perds ma mère
Le 10 septembre 1747, ma mère, Marie Philippe Pepin, meurt. J’ai 10 ans.
Source : AD62 – 5 MIR 028/1
Sepulture marie philippe pepin
Le dix septembre mil sept cent quarante sept est décédé marie philippe pepin agé de quarante huit ans environ, administrée de tous les sacrements de l’église, et fut inhumée dans le cimetière de cette paroisse le onze dudit mois et an que dessus. ont assisté au convoÿ de la sépulture, antoine theodor foulon son marÿ, et jean baptiste foulon son fils, qui ont déclaré savoir écrire et ont signé.
Elle a 48 ans. Mon père en a soixante.
Je me souviens de ma mère. Je me souviens de sa présence dans notre maison.
Puis de son absence.
Je crois me souvenir de ses funérailles le lendemain.
Le reste appartient à mes souvenirs d’enfant, et nul ne peut aujourd’hui les vérifier.
Le registre, lui, est beaucoup plus sobre. Il conserve une date, 10 septembre 1747, quelques informations et les signatures de ceux qui ont assisté à la sépulture.
Mais derrière ces lignes se trouve un événement qui bouleverse nécessairement la vie familiale…
Reconstitution artistique des funérailles de Marie Philippe Pepin.
ÉCLAIRAGE HISTORIQUE — Une famille sans mère
Lorsque Marie Philippe Pepin meurt, en 1747, ses cinq enfants sont encore célibataires : Jean-Baptiste a 26 ans, Pierre François 20 ans, Marie Anne 15 ans, Sébastien 10 ans et Célestin seulement 7 ans.
La disparition de leur mère intervient donc à un moment où aucun des enfants n’a encore fondé sa propre famille.
Les deux plus jeunes, Sébastien et Célestin, dépendent encore entièrement du foyer familial. Les aînés, eux, sont en âge de travailler, mais restent eux aussi au sein d’une famille qui vient de perdre celle qui en assurait une grande partie de la vie quotidienne.
Dans les familles de cette époque, la disparition d’une mère pouvait nécessiter une nouvelle organisation du foyer. Les tâches domestiques, les soins aux plus jeunes et la gestion du quotidien devaient être assumés autrement, parfois avec l’aide de proches.
Nous ne savons pas comment la famille Foulon s’est concrètement organisée après le décès de Marie Philippe Pepin. Les registres paroissiaux ne racontent pas cette partie de leur vie.
Mais une chose est certaine : à dix ans, Sébastien doit désormais grandir sans sa mère, au milieu de ses quatre frères et sœur.
IV. Les années passent
Le mardi 4 juillet 1752, j’ai 15 ans lorsque je deviens, avec mon frère Pierre François, témoin du mariage de notre frère aîné Jean-Baptiste à Ecquedecques avec Marie Elisabeth Baudelle, originaire de ce village.
Une famille d’artisans qui sait signer
Les signatures des Foulon témoignent d’une certaine familiarité avec l’écriture. Jean-Baptiste, Pierre François et Sébastien savent ainsi signer les actes qui les concernent. Ces signatures ne permettent pas de mesurer leur niveau réel d’instruction, mais elles montrent qu’au sein de cette famille d’artisans tailleurs d’habits, l’écriture n’était pas inconnue.
Lors du mariage de Jean-Baptiste le 4 juillet 1752
Le 30 décembre 1753, mon grand-père maternel, Pierre Pepin, meurt à l’âge de 82 ans.
Une longévité remarquable
82 ans en 1753 ! À une époque où la mortalité, notamment infantile, était très élevée, atteindre un tel âge était remarquable. Né en 1671, Pierre Pepin aura traversé plus de huit décennies d’histoire, de la fin du règne de Louis XIV aux premières années de Louis XV.
Et le 25 octobre 1755, c’est mon frère Jean-Baptiste qui disparaît à 34 ans, trois ans seulement après son mariage. Notre père Théodore et mon frère Pierre François signent l’acte de sépulture.
J’ai 18 ans.
La vie continue malgré tout.
Quelques années plus tard, je deviens apprenti tailleur.
Le métier de mon père devient aussi le mien..
Je ne suis pas riche. Je ne suis pas un notable. Je suis un jeune homme qui doit gagner sa vie.
J’ai maintenant 21 ans et c’est à cette époque que Marie Anne entre véritablement dans mon histoire.
V. Marie Anne Thérèse, fille de meunier
En 1758, Marie Anne Thérèse Ducatez est une jeune femme d’Ames, issue d’une famille de meuniers.
Elle est servante.
Son père, Florent Gilles Ducatez, 53 ans, est meunier. Après avoir exercé ce métier à Lières vers 1739, il exploite le moulin d’Ames depuis 1741.
Comme moi, Marie Anne a connu très tôt une épreuve familiale : sa mère est décédée en 1743, alors qu’elle était encore enfant. Douze ans plus tard, en 1755, son père s’est remarié. En 1758, elle vit donc dans une famille recomposée, auprès de son père et de sa belle-mère, Marie Isabelle, 38 ans.
Le moulin constitue alors le cadre professionnel et familial dans lequel elle a grandi.
Marie Anne et moi nous sommes plu.
Les archives ne racontent pas les débuts de notre relation, ni ce qui nous a rapprochés.
Nous nous fréquentons depuis plusieurs mois.
Notre relation est désormais connue dans le village. Nous ne pouvons plus la cacher..
À SAVOIR — Le métier de meunier au XVIIIᵉ siècle
Le père de Marie Anne Thérèse, Florent Gilles Ducatez, est meunier.
Dans les campagnes, le moulin occupe une place essentielle : le grain produit par les cultivateurs doit être transformé en farine avant de devenir du pain. Le meunier est donc un personnage incontournable de la vie du village.
Selon les lieux et le statut du moulin, le meunier peut exercer son activité pour le compte d’un seigneur ou exploiter lui-même le moulin. Dans les sociétés rurales de l’Ancien Régime, il peut ainsi occuper une position plus aisée que celle de nombreux autres artisans ou travailleurs.
Le métier de Florent Gilles Ducatez nous donne donc un indice sur l’environnement familial de Marie Anne Thérèse, même s’il ne permet pas, à lui seul, de déterminer précisément le niveau de richesse de la famille.
VI. Nous allons avoir un enfant
Marie Anne est enceinte.
Son terme approche.
Dans notre village, cette situation ne peut guère rester longtemps ignorée.
Nous devons et nous voulons nous marier. C’est urgent.
Les premiers bans sont publiés.
Mais notre projet se heurte soudain à un obstacle.
Nous sommes parents.
Pas des parents proches, comme peuvent l’être un frère et une sœur, ni même un cousin ou une cousine.
Mais suffisamment proches pour que le droit de l’Église interdise notre mariage.
Il faut donc expliquer notre situation et obtenir une dispense.
Il faut faire vite maintenant.
ÉCLAIRAGE HISTORIQUE — Une grossesse avant le mariage
Dans les campagnes de l’Artois au XVIIIᵉ siècle, une grossesse survenue avant le mariage pouvait placer le jeune couple dans une situation délicate.
L’Église catholique faisait du mariage une étape essentielle de la vie sociale et religieuse. Une naissance conçue avant le mariage pouvait donc être perçue comme le signe d’une relation qui ne respectait pas les règles de la communauté.
La famille avait alors tout intérêt à régulariser rapidement la situation. Pour les parents, il s’agissait de préserver l’honneur de la famille et d’éviter que la grossesse ne devienne un sujet de médisance dans le village.
Dans le cas de Sébastien et de Marie Anne Thérèse, leurs familles vont donc sans doute chercher à faire avancer le mariage au plus vite. Mais un autre obstacle apparaît : les deux jeunes gens sont parents. Il leur faut obtenir une dispense de consanguinité.
VII. Remonter les générations
Pour comprendre notre lien de parenté, il faut remonter plusieurs générations.
Aujourd’hui, c’est un travail qu’il est possible de faire grâce aux archives.
En 1758, ce sont les autorités religieuses qui vont mener cette enquête.
On remonte les deux familles.
Et l’on trouve un ancêtre commun :
Jean Pruvost, né le 2 mai 1618 à Amettes, et décédé le 5 mars 1710 à Saint-Omer.
À partir de lui, deux branches se sont formées.
L’une conduit jusqu’à ma mère, puis à mon père et enfin à moi.
L’autre conduit jusqu’à la mère de Marie Anne, puis jusqu’à elle.
En l’occurrence, les grands-parents de nos mères sont frère et sœur.
Bien que plusieurs générations séparent cet ancêtre commun de nous, l’Église considère néanmoins que nous sommes parents au quatrième degré de consanguinité.
Notre mariage ne peut donc avoir lieu sans une dispense.
DANS LES ARCHIVES
Le dossier de dispense est exceptionnel parce qu’il conserve précisément l’enquête menée pour établir cette parenté.
Les témoins sont entendus sous serment et l’arbre généalogique des deux futurs époux est reconstitué jusqu’à leur ancêtre commun.
Ce document nous permet donc aujourd’hui de comprendre comment la situation de Sébastien et de Marie Anne a été examinée par l’administration religieuse de leur époque.
VIII. Le 30 janvier 1758
Le 30 janvier 1758, nous devons nous rendre à Auchy-au-Bois, siège du doyenné, où l’examen de notre situation doit avoir lieu.
Imaginez la scène : les chemins encore lourds d’hiver, Marie Anne dont le ventre s’arrondit sous son tablier, moi, jeune apprenti tailleur, nos pères silencieux, mon frère Pierre François et deux voisins – Pierre Fauquembergue et Michel Joseph Viroux – convoqués en qualité de témoins.
Quelques kilomètres seulement nous séparent d’Auchy-au-Bois, mais en cette fin de janvier, le chemin n’est sans doute ni sec ni facile.
Devant le doyen, les uns après les autres jurent de dire la vérité.
On les interroge « de l’âge et des raisons desdites parties » : pourquoi ce mariage, pourquoi cette demande de dispense ?
Les réponses sont sans détour : ils sont de « basse condition », l’un apprenti tailleur, l’autre servante, l’honneur de la jeune fille est en jeu, et la rumeur déjà bien installée.
Les témoins sont formels : « ils se sont vus avec tant de familiarité que le public en est si scandalisé par les apparences que, s’ils ne se marient ensemble, il y a lieu de craindre que la fille ne trouvera point à qui se marier.«
L’autorité ecclésiastique doit alors tenir compte à la fois du degré de parenté, du scandale public évoqué par les témoins et des règles du droit canon.
Le temps presse.
IX. Deux jours
La dispense est accordée le 1er février 1758 par l’évêque de Boulogne .
Deux jours seulement !
L’obstacle est enfin levé et nous savons ce que cela signifie.
Nous pouvons enfin nous marier.
X. Le 7 février 1758
Le mardi 7 février 1758, l’église d’Ames célèbre notre mariage tant désiré.
L’acte de mariage rappelle que nous avons obtenu de l’évêque de Boulogne une dispense du quatrième degré de consanguinité, accordée le 1er février.
Nos pères sont présents : Florent Gilles Ducatez et Antoine Théodore Foulon.
Mon frère Pierre François est là lui aussi, ainsi que notre petit frère Célestin.
Nous sommes enfin mariés.
Pour la communauté du village, ce mariage vient sans doute remettre en ordre une situation qui menaçait de s’en écarter. On régularise une union déjà commencée dans les faits, on fait taire les voisins, on garantit à notre enfant à naître une place légitime dans la parenté.
Et notre histoire ne fait que commencer.
Acte de mariage de Sébastien Joseph Foulon et Marie Anne Thérèse Ducatez
Source : AD62 – 5 MIR 028/1
Source : AD62 – 5 MIR 028/1
Le mardÿ sept février mil sept cent cinquante huit, après la publication de trois bans de mariage aux prones des messes aproissialles de ce lieu, des aproisses de st pierre et la ville d’aire et de st martin proche d’ame diocese de st omer où les contractans ont respectivement ? pendant quatre à cinq mois, entre sebastien joseph foulon fils d’antoine theodore et de defunte marie
philippe pepin ; et de marie anne therese ducatez fille de florent gilles et de defunte marie therese cocq tous deux de cette paroisse auxquelles publications nul ne s’est opposé après les fiancailles du six de ce mois et les parties ayant obetnu dispense de Msgr l’Eveque de boulogne du quatrieme degré de consanguinité en datte du premier de ce mois du consentement de chacun leurs peres et proches aprens, je soussigné père curé de cette paroisse ay interrogé les dits foulon et ducatez et leur ay donné la benediction nuptiale en la forme et manière accoutumé en presence de florent gilles ducatez père de la marriante antoine theodore foulon père du mariant pierre françois et celestin foulon freres diceluÿ qui ont tous aussÿ bien que les mariants savoir écrire et ont signé
XI. Vingt-sept jours
Vingt-sept jours plus tard, le 6 mars, Marie Anne donne naissance à notre premier enfant.
Nous l’appelons Jacques Joseph.
Nous sommes parents pour la première fois.
Nous avons demandé à ma soeur d’être la marraine et à un oncle de Marie Anne d’être le parrain.
Jacques est baptisé le jour même.
Source : AD62 – 5 MIR 028/1
L’acte de baptême le présente comme notre enfant légitime.
Et pour quelques jours, peut-être, notre avenir semble radieux.
Nous ne savons pas encore que cette vie sera extrêmement courte.
XII. Jacques Joseph
Le 31 mars 1758, Jacques Joseph meurt. Il n’a que quelques semaines.
Il est inhumé le lendemain dans le cimetière d’Ames.
Je signe l’acte de sépulture avec son parrain.
Je n’ai pas besoin de vous décrire ce que représente pour moi et Marie Anne la mort de notre premier enfant.
Les archives ne disent rien de ce que nous avons ressenti. Elles ne racontent ni notre douleur, ni nos paroles, ni les gestes qui ont accompagné ces quelques jours.
Elles ont seulement conservé les traces de son existence : une naissance, un baptême, une sépulture.
Et entre les deux, moins d’un mois de vie.
Source : AD62 – 5 MIR 028/1
ÉCLAIRAGE HISTORIQUE — La mortalité infantile à Ames
À Ames, comme dans beaucoup de communautés du XVIIIᵉ siècle, les décès de très jeunes enfants sont fréquents. Entre 1720 et 1792, la monographie du village estime à environ 136 décès avant un an pour 1 000 naissances.
Ces chiffres permettent de replacer l’histoire de Jacques Joseph dans la réalité démographique de son époque. Ils ne disent évidemment rien de la douleur éprouvée par ses parents devant la perte de leur premier enfant.
À suivre
Le premier enfant est mort.
Mais la vie continue.
Moins d’un an plus tard, un autre enfant naîtra.
Puis un autre.
Et encore un autre.
La famille de Sébastien et Marie Anne va peu à peu s’agrandir, tandis que la France continue de vivre sous Louis XV.
Pour Sébastien, les années passent.
Les enfants arrivent.
Certains vivent.
D’autres disparaissent.
Jusqu’à ce sombre jour d’octobre 1772 où un nouveau drame viendra bouleverser sa vie.
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