Avant-Propos
Mamy et moi avons décidé, avec beaucoup de plaisir et de joie, de vous conter notre histoire.
Les pages de notre vie servent de prologue à la vôtre. Dans le dédale des chemins, nous nous sommes, parfois, arrêtés au milieu d’un carrefour. Nous devions faire un choix. Les décisions choisies ont influencé nos existences et en partie la vôtre, et probablement aussi un peu celle de vos enfants et de vos petits-enfants. Chaque génération constitue un maillon ; ces maillons, soudés l’un à l’autre par l’amour, forment la grande chaîne de la vie, ainsi se perpétue une famille.
Les choses de l’existence ont évolué très vite, surtout depuis le début de ce siècle. Nous donnerons donc à ce récit le plus de détails possibles, en fonction de notre mémoire. En guise de décor, nous avons intercalé, dans notre bavardage, des évènements politiques, scientifiques et des faits divers afférents aux années contées. Ils ont influencé nos existences en fabriquant notre environnement.
Nous avons été les témoins de grands chambardements mondiaux et des évolutions très rapides du progrès. Nous en avons apprécié les bienfaits, dans la mesure de nos moyens, car malheureusement le progrès n’est pas à la portée de toutes les bourses. Grâce aux travaux des chercheurs en médecine, l’espérance de vie a augmenté d’au moins vingt ans. Notre génération a grandi sans connaître le confort que nous utilisons maintenant inconsciemment, cela fait partie intégrante de notre vie. Il ne faut pourtant pas en déduire que nous étions tristes ou moroses. La vie est toujours belle.
Nous gardons de notre époque le souvenir d’un suave parfum de jeunesse. La mémoire est le coffre-fort d’un capital transmissible, c’est un bel héritage qu’il ne faut pas abandonner. Les humains comme les plantes ne peuvent survivre sans leurs racines.
De notre jeunesse, nous avons engrangé des souvenirs heureux, ce sont ceux qui restent le plus souvent. Pourtant, nous avons grandi dans l’inconfort, le froid, et surtout dans la guerre que nos parents ont aussi subie lorsqu’ils étaient enfants. Pendant les vingt premières années de notre vie, il nous a manqué beaucoup de choses, indispensables aujourd’hui. Nous avions peu de moyen pour lutter contre le froid, nous avions des engelures et l’onglet qui fait tant souffrir lorsque les extrémités des doigts et des pieds se réchauffent. Cela ne nous empêcha pas d’être gais, nous chantions en toute occasion, et nous aimions notre prochain, comme on nous apprenait à l’aimer.
Nous avons eu besoin de beaucoup d’imagination pour suppléer au manque de confort. Nous comptions surtout sur nous-mêmes mais nous restions à l’écoute des autres. Ce qui a contribué à nous donner NOTRE JOIE DE VIVRE, c’est d’abord le respect des aînés, le civisme et l’amour pur, sans calculs. Nous possédions la foi et un IDEAL. Notre dessein, réaliser le désir profond de fonder une belle famille, d’élever nos enfants avec les joies d’un foyer uni. Nous voulions être des parents présents et attentifs. Nous souhaitions leur communiquer notre amour, leur apprendre à bannir la haine, qui ne peut qu’être destructrice. Nous luttions également pour la liberté, sous toutes ses formes. Nous avons obtenu, la reconnaissance du capital travail, l’abolition de l’esclavage des ouvriers devant les machines, dans les usines et la reconnaissance des droits de la femme. Nous voulions, pour nos enfants, une belle vie, la possibilité pour tous d’accéder à l’enseignement supérieur et le libre choix d’une profession.

Nous n’avons qu’un seul regret, nous n’avons pas économisé d’argent. Nous n’avons pas non plus économisé nos forces et notre amour. C’est pourquoi, même sans biens matériels à vous transmettre, nous sommes riches, d’un héritage sûrement impalpable, mais combien incommensurable. Nous vous transmettons avec NOTRE JOIE DE VIVRE, notre GRAND AMOUR. NOUS VOUS AIMONS.
Pour l’éternité : Gisèle et Denis.
Toutes similitudes avec des personnes existantes ou ayant existé ne sont pas fortuites.
Cette autobiographie a été écrite à partir d’octobre 1995 pour que survivent vos racines et que ces belles années restent dans vos mémoires et dans celles de vos enfants et petits-enfants et arrière-petits-enfants.
« La terre ne peut pas finir si un seul homme vit encore.
Ayez pitié de la terre fatiguée, qui sans l’amour n’aurait plus de raison d’être.»
Jules Michelet
« Notre vie n’est pas derrière nous, ni avant, ni maintenant, elle est dedans.»
Jacques Prévert
« Ecrire son autobiographie c’est faire un papier de soi (sic)»
Denis Foulont